Archive for actualité du monde éditorial

DES EDITEURS EXEMPLAIRES !

mercredi, janvier 15th, 2014

Le 1er décembre de l’année dernière mourait, à Paris, André Schiffrin éditeur exigeant, sévère à l’égard de l’édition américaine qu’il accuse de cupidité sacrifiant la qualité au profit immédiat.

Son père, Jacques Schiffrin, juif non pratiquant, avait fui la Russie durant la Grande Guerre. Il s’établit en France en 1920. Dès 1923, il fonde « Les éditions de la Pléiade » et c’est en 1931 qu’il crée la « Bibliothèque reliée de la Pléiade », édition de luxe des grands auteurs français et étrangers qui devint une collection de référence.

Cherchant un partenaire lui apportant des fonds, c’est son ami Gide qui pousse Gaston Gallimard à intégrer la « Bibliothèque de la Pléiade » aux éditions Gallimard; nous sommes en 1933. Mais sous la pression des lois anti-juives de Vichy, ce dernier renvoya Jacques Shiffrin pour pouvoir continuer à éditer en France !

C’est André Gide qui organisa et finança la fuite de la famille Schiffrin aux Etats-Unis. Jacques s’installa à New-York et créa les éditions Pantheon Books. Il mourut en 1950.

André Schiffrin avait six ans à son arrivée aux U.S.A. Né français, devenu américain, il se fit éditeur en 1962 sous le label Pantheon. Il introduisit ainsi aux Etats-Unis : Jean-Paul Sartre, Gunther Grass, Michel Foucault, Simone de Beauvoir, Marguerite Duras… Racheté par Random House, cet éditeur exceptionnel fut contraint, à la fin des années 1980, de donner sa démission pour désaccord sur l’orientation éditoriale cherchant uniquement la rentabilité maximum.

Aussi intraitable que son père, il fonde une maison d’édition à but non lucratif, « The New Press », et édite Noam Chomsky, Claude Simon, Jean Echenoz contre les géants de l’édition américaine. Il se distingue par ses livres critiques à leur égard, ainsi « L’édition sans éditeur ». Avec son gendre Joseph Stiglitz, il fonde un club anti-FMI.

En 2003, il retourne en France; il y meurt à Paris le 1er décembre 2013.

 

UN RAPIDE HISTORIQUE DE L’EDITION

vendredi, janvier 3rd, 2014

Au commencement était le rouleau de papyrus (volumen)  puis vinrent d’abord les tablettes de bois reliées entre elles, ensuite les manuscrits à folios brochés du Moyen-Age (codex). Dans les cités antiques, le problème principal était la reproduction en nombre appréciable : la copie manuelle ne permettait pas un grand nombre d’exemplaires. Jusqu’alors l’idée d’édition sous-entendait le fait de mettre à disposition du public, acte de publieur.

L’art du papier, mis au point en Chine, avait été connu des Arabes vers le VIII° siècle. Il est introduit en Europe (via l’Espagne et l’Italie) aux XI° et XII° siècles; un nouveau support des textes apparaît alors.

Utilisée déjà pour l’impression du tissu, la technique xylographique est employée pour imprimer du texte et des images sur papier dès la deuxième partie du XIV° siècle. Il s’agit de reproduction à l’aide de planches gravées en relief.

Mais les techniques d’impression au moyen de caractères mobiles élaborées au temps de GUTENBERG révolutionnent la reproduction ! Dès 1436 et 1439, à Strasbourg puis ensuite à Mayence, sa ville natale, par GUTENBERG lui-même. Les typographes vont d’abord de ville en ville, au hasard des commandes. Puis ils se fixent dans les grandes villes, dans les centres de foires ou dans les ports marchands.  On atteint des tirages de l’ordre du millier, à écoulement lent. Le papier étant relativement onéreux, les maîtres imprimeurs sont dominés par des marchands libraires possédant des capitaux. Ces derniers sont désireux de plaire au public; la production imprimée évolue en fonction des modes et, à côtés des traductions de la Bible, on trouve des romans de Chevalerie, des écrits satiriques, des livres de l’Antiquité latine, des textes grecs. Des humanistes publient les différentes versions de l’Ecriture !

Il n’est plus question de vendre des livres sans agir sur le contenu; les imprimeurs du XV° siècle sont devenus des éditeurs au sens plein du mot : qui endossent la responsabilité du choix. De grandes oeuvres littéraires du Moyen-Age sont ainsi sauvées.

Ce n’est qu’au début du XVIII° siècle qu’apparaît l’éditeur qui n’est qu’éditeur. Diderot fut parmi les premiers. Et en 1767, il expose dans sa « Lettre sur le commerce de la librairie » les problèmes de la profession (le terme d’éditeur devait être employé plus tard).

Au XIX° siècle, l’éditeur devient un industriel du livre avec un changement d’échelle de son public. Par exemple, la dynastie des Murray s’est développée à partir d’un petit libraire-éditeur; elle publie, dès 1810, Byron et Walter Scott premiers auteurs à grand tirage (passant la cap des cent mille). Ce qui entraîne les premiers accords internationaux concernant la protection de la propriété littéraire.